À l’origine



La Terre est cette planète anthropisée que nous avons en partage et dont nous devons assurer l’habitabilité future. L’augmentation des catastrophes dites naturelles, ouragan, cyclone, tsunami, tremblement de terre, rappellent la vulnérabilité des espaces habités, et l’interdépendance des êtres, humains et non humains, qui y vivent.

A ce titre, les choix d’urbanisation planétaire sont primordiaux. Ce sont les décisions de construire dans les environnements les plus fragiles – derrière des digues, sous le niveau de la mer, sur des failles géologiques – les plus souvent détruits, qui nous rappellent les limites de l’acte de bâtir. Et ce sont ces décisions sur le futur de l’urbanisation qui vont ou non faire évoluer notre rapport à l’environnement construit, dont on constate aujourd’hui le choix récurrent de miser sur le perfectionnement des techniques et des ingénieries pour se prémunir de cette planète, que d’évoluer vers des stratégies pour une habitation d’emblée conçue comme fragile.

Hong-Kong nous raconte une de ces histoires de conquête. Les colons britanniques qui abordèrent les rivages de cette côte décrivirent un rocher dénudé aux pentes escarpées. Ce récit devenu mythique est connu, c’est le récit de celui qui arrive et « découvre » une terre, sans histoire, qui s’offre à la colonisation. Toujours est-il que l’occupation britannique se fait sporadique, quelques constructions sur les reliefs et le long des rivages. Une image aujourd’hui totalement obsolète pour qui connaît de Hong-Kong, comme beaucoup, les images stéréotypées des tours gigantesques devant des montagnes pentues couvertes de denses forêts.

Hong-Kong intrigue architectes et urbanistes par l’ampleur des contradictions qui façonnent l’expérience que l’on fait de la ville. Les remblaiements artificiels incessants se mènent en même temps que la sanctuarisation d’hectares de nature, en une même mise à distance, en miroir, de cet environnement. L’obligation à gagner en hauteur, pour des contraintes de surface disponible et pour des enjeux d’image d’une métropole qui se veut de rang mondial, fabrique une expérience urbaine singulière, dépaysante pour le piéton occidental, celle de la rue verticale.
L’ultra-densité de la ville est aujourd’hui autant dénoncée comme modèle de développement non soutenable que valorisée comme laboratoire de l’extrême compacité de l’espace de vie. Mais ce sont les mouvements récents de demande de participation de la part de la société civile aux définitions des grands projets, qui sonnent le principal moteur de changement dans le devenir de la ville.

Moiteur, gémissement des branches, cheveux tirés par les feuilles, odeurs saisissantes de fleurs au coin de la rue, craquèlement du béton, tac tac d’une branche poussée par le vent sur la vitre, notre vie sensible interagit sans cesse avec le vivant, végétal et animal. Ou interagissait, car on évoque souvent le devenir anesthésié de notre vie urbaine, de plus en plus artificialisée, climatisée. Ne serait-ce pourtant pas dans ces interactions quotidiennes que pourraient déjà évoluer les rapports entre sociétés et natures, qui ne se joueraient plus sous l’angle de la lutte pour l’espace mais sous celle de la cohabitation ?


Anne Bossé
architecte & géographe